(Série Julian Kestrel, 1997, The Devil in Music traduit de l'anglais par Florence Vuarnesson, Librairie des Champs-Élysées, Le Masque, 2000)
En mars 1821, le marquis Lodovico Malvezzi « écoutait, transporté, les yeux pleins de larmes » son protégé Orphée chantait sous la direction de son professeur le maestro Donati. Puis le marquis est trouvé mort d’une balle en plein cœur dans le belvédère de la villa.
Son meurtre ayant été dissimulé par les autorités soumises aux Autrichiens, ce n’est qu’en septembre 1825 que Julian en prend connaissance dans les journaux pendant son séjour en Suisse avec son ami le docteur MacGregor. Ils partent pour Milan.
L’intrigue est pleine de rebondissements avec une façon subtile de supposer coupable chacune des personnes présentes. Le commissaire Grimani cherche à identifier Orphée persuadé que c’est le coupable. Il explique plusieurs fois qu’il s’agit d’un complot des carbonari [mouvement révolutionnaire pour l’unification de l’Italie]. En 1821, les Autrichiens ont rétablis l’absolutisme après l'insurrection.
Le commissaire fait réunir tout le monde dans la villa pour pouvoir bien les harceler. Pour la famille, la marquise Béatrice, seconde épouse du marquis, avec sa servante Nina, et Carlo, le frère cadet de Lodovico ; pour les Anglais, se joignent à Julian et son ami, « l’honorable » Berverley St Carr, un jeune faisant un tour d’Europe avec son précepteur Hugo Fletcher ; un français Gaston de la Marque se présentant comme un séducteur de la marquise ; arrive ensuite, appréhendée par les policiers, Francesca, la femme de Rinaldo le fils de Lodovico, qu’elle a quitté pour « Valeriano », un célèbre castrat ; et toute la domesticité, notamment Ernesto, l’ancien valet de Lodovico, et Lucia, qui a servi à la villa et bien connu Orphée.
L’auteur, avec un texte uniquement en anglais, et en français pour la traduction, réussit à persuader le lecteur que chacun parle dans sa langue. Paolo Zanetti, le secrétaire et interprète du commissaire milanais, écoute aux portes. Julian et son valet Dipper le méduse avec un délicieux dialogue :
« Dipper n’était pas né de la dernière pluie. Il s’adressa ainsi à Julian :
— Les deux ombres de sézigue [les valets du marquis Rinaldo], monsieur, ils veulent tailler une bavette. Ils m’ont graissé la patte pour que j’arrange ça.
— Et qu’est-ce qu’il y a à passer ?
— J’sais pas, monsieur. J’ai essayé d’leur faire manger l’morceau, mais ils ont pas pipé. Y’a qu’à vous qu’ils fourgueront la marchandise.
— Filez à ma crèche avec leurs pommes. J’me pointe en moins de deux. »
Cet « ultime roman » se termine par les confidences de Julian sur son ancienne vie.
Fini le 13/08/2025