(Trilogie des ombres, 2016, Petsamo traduit de l'islandais par Éric Boury, Métailié, 2017)
Alors que la guerre s'étend à toute l'Europe, les Islandais du Danemark, Norvège, Suède, notamment, rentrent à Reykjavik en paquebot spécialement affrété, mais Osvaldur ne se présente pas au départ et Mandred est du voyage.
Le récit tout en allusions (relation, tromperie…), sous-entendus, non-dits, sans citer de noms, avec un décalage temporel dans les témoignages, entretient bien le suspense pendant l'enquête de Flovent sur le « noyé » et Thorson sur le jeune tailladé à mort dans le parc du « Piccadilly » et tous les deux sur la « disparition » de jeunes femmes fréquentant les soldats d’occupation.
« C’était une affaire sensible qui posait le problème des relations entre l’armée et la population locale. Les militaires avaient tout fait pour l’étouffer, mais cette histoire semait le trouble dans les esprits. Les autorités islandaises prenaient l’affaire très au sérieux et exigeaient que les coupables répondent de leurs actes. »
Chaque personnage est bien dans son rôle, l’épouse, la fiancée esseulée, l’ami terrifié, le « lieutenant » cruel, etc.
« Voyez-vous, il faut que vous le sachiez… Osvaldur était en réalité le seul amour de ma vie… ».
Fini le 30/08/2024
samedi 31 août 2024
La Femme de l'ombre de Arnaldur Indridason
vendredi 30 août 2024
Ce que le jour doit à la nuit d'après le roman de Yasmina Khadra
(scénario de Stella Lory, dessin et couleurs de Marion Duclos, Philéas, 2023)
La mise en image est particulièrement désagréable : le héros Younès (Jonas) présenté avec « ses beaux yeux clairs et son physique avantageux » est dessiné franchement laid quel que soit son âge (d’ailleurs on ne voit pas vraiment d’évolution… à part sa taille par rapport aux autres…), les personnages ne sont pas identifiables, toutes les femmes se ressemblent, difficile de reconnaître « Émilie » dans ce tas.
Mettre les actions de l’insurrection en bleuté est une bonne idée, mais le texte ne correspondant pas à l’image (le héros s’en fout ?), c’est sans intérêt.
Une grosse déception.
Fini le 30/08/2024
mercredi 28 août 2024
Livide de Patricia Cornwell
(2022, Livid traduit de l'anglais États-Unis par Dominique Defert, JC Lattès, 2023)
Cette histoire présente uniquement la procédure (attention à ne rien contaminer !) et les résultats de l'examen des cadavres, morts par flux de « micro-ondes », qui a également touché toutes les plantations sur son trajet : l’une, Rachael, ayant arraché ses bijoux par panique avant de s’effondrer ; l’autre, Wally, ayant succombé à une crise cardiaque avant d’être momifié avec de l’adhésif plein de traces du coupable.
« Une fréquence à 2,305 GHz. Et personne n’a rien vu. Sauf deux jeunes femmes qui passaient à bicyclette avec des analyseurs de spectre dans leur sac à dos. Elles étaient les seules à se trouver entre le Président et les terroristes quand le piège a été tendu. […] Et Dieu merci, elles y ont prêté attention. » mais le meurtrier frustré d'avoir raté le Président ira plus loin.
« […] vigile à l’IML de Norfolk à l’automne 2019 [il en a profité pour détruire le légiste…]. À l’époque, il était déjà en lien avec le groupe terroriste naissant qui allait s’appeler La République […]. »
Le lecteur a droit à l’inévitable conflit entre les différents organismes états-uniens : le « Secret service » de la CIA, le FBI, les policiers locaux… le « commissaire de la Santé » et la « gouverneure »…
Fini le 28/08/2024
lundi 26 août 2024
Petit Pays de Sylvain Savoia et Marzena Sowa
(adaptation du livre de Gaël Faye, Dupuis, Aire libre, 2024)
En dernière de couverture, l'éditeur présente ainsi ce livre : « […] avec la complicité de l’écrivain-rappeur franco-rwandais, Marzena Sowa, au scénario, et Sylvain Savoia, à la mise en image, revisitent en bande dessinée ce grand roman d’apprentissage […]. »
« Gaby » est né au Burundi d’une mère rwandaise, de l’ethnie tutsi, et d'un père français, expert en crocodiles. En 1993-94 se déclenche le génocide des Tutsis au Rwanda et démarre la guerre civile au Burundi.
« — Alors la guerre entre les tutsi et les hutu, c’est parce qu’ils n’ont pas le même territoire ? — Non, ce n’est pas ça, ils ont le même pays. — Alors… ils n’ont pas la même langue ? — Si, ils parlent la même langue… — Alors, ils n’ont pas le même Dieu ! — Si, ils ont le même Dieu… — Mais alors… pourquoi se font-ils la guerre ? — Parce qu’ils n’ont pas le même nez. »
« J’avais pitié pour elles, pour moi, pour la pureté gâchée par la peur dévorante qui transforme tout en méchanceté, en haine, en mort, en lave… »
Fini le 26/08/2024
Dans l'ombre de Arnaldur Indridason
(Trilogie des ombres, 2015, Þýska húsið traduit de l'islandais par Éric Boury, Métailié, 2017)
En 1941, les « Américains » viennent remplacer les « Britanniques » en Islande pour contrer les Allemands. Ceux qui y vivaient ont été exilés, sauf Rudolf Luden, un ancien médecin « cloué sur un fauteuil roulant », et son fils Felix.
Pour son enquête sur le meurtre d’Eyvindur, retrouvé abattu avec un « Colt américain » dans l’appartement de Felix avec sa valise de représentant de commerce, Flovent, le seul policier de la police criminelle d’Islande, reçoit l’appui de Thorson, un « Islandais de l’Ouest » c’est-à-dire dont la famille a émigré au Canada, qui appartient à la police militaire.
C’est très intéressant de lire l’histoire de la « Situation » des Islandais sous cette occupation, notamment des femmes, avec l’exemple de Vera qui « fréquentait des soldats » et dite « plongée jusqu’au cou dans la situation ».
Dans cette période, les témoins, ceux qui étaient à l’école avec Felix, ont vite fait de le qualifier « d’espion ». « Il nous avait espionnés pendant notre enfance et, maintenant il espionnait pour les nazis. »
Le personnage de Brynhildur, la “compagne” de Rudolf est particulièrement bien construit et présenté avec sa sincérité, ses hésitations à dévoiler des secrets passés, voulant quand même aider Felix, sans le condamner…
Flovent le résume ainsi : « C’est un amateur. Il ne sait même pas ce qu’il fait, il ne sait pas dans quoi il s’est fourré et ne connaît pas les dangers qui le guettent. »
Ceux de « l’ancienne léproserie » veulent reprendre l’enquête, mais il y a encore la « capsule de cyanure » et « c’est la guerre ».
Fini le 25/08/2024
vendredi 23 août 2024
Le Grand Test de Jacques Expert
(Calmann-Lévy noir, 2023)
Tout dans ce livre est fade. Le style d'écriture genre limace baveuse, l'inconsistance des personnages, l'absurdité des décisions du gendarme, etc.
Donc, un ponte de ce petit village du Cher est retrouvé mort assommé dans sa grange en feu (on ne saura pas pourquoi il était tellement haï…), Anatole, considéré comme coupable (mais sans vraies explications…), est incarcéré puis libéré lorsque le capitaine Duquennes décide de prendre toutes les empreintes des habitants du village (le fameux « grand test » mais pourquoi… puisqu’on a compris qu'il n'en a pas trouvées car tout a brulé…).
Et puis le « trio » d’amis… la présentation de leur complicité (supposée) est tellement artificielle (ce n’est pas comme ça qu’on s'exprime entre potes), sans doute pour expliquer leur peur du gendarme, puisque l’évidence du texte les donne coupables du meurtre (et le Maxence qui tout d’un coup « tombe amoureux » de Virginia, sa copine depuis l’enfance, il ne l’avait pas regardée avant ?) (et leur comique serment de se soutenir !).
Quant à Alexandre, le soi-disant sage du trio, son personnage est tout simplement ridicule. Son comportement avec Anatole, avec ses amis, les habitants est trop bidon pour être intéressant, ses entretiens avec le capitaine et son adjudante sont parfaitement invraisemblables. Ainsi pense le capitaine : « […] il a beau s’appliquer, en appeler à sa formation pointue de comportementaliste, Langlade lui échappe. Il est insaisissable. […] Il se sent piégé, ce qui ne lui est jamais arrivé et lui laisse un sale goût. »
Le juge met fin au tournoi pour cause de suicide.
Fini le 22/08/2024
mercredi 21 août 2024
Où es-tu maintenant ? de Mary Higgins Clark
(2008, Where are you now ? traduit de l'anglais par Anne Damour, Albin Michel, Spécial suspense, 2008)
Comme souvent dans les romans états-uniens de cet auteur, les personnages sont des riches avec beaux appartements, belles voitures, belles situations professionnelles, enrichis par leur talent pour faire du fric. Ici, l'histoire nous promène dans les quartiers huppés new-yorkais, de duplex en loft ou dans de cossues maisons de la campagne voisine.
Dix ans après sa disparition, Carolyn veut absolument retrouver son frère, Mack, en entendant son traditionnel appel le jour de « la fête des Mères ». Sa mère n’est pas d’accord et se réfugie dans le giron d’un vieil ami, Elliot, le gérant de leur fortune.
Le suspense est bien monté, construit surtout par la conviction des policiers que Mack est le coupable de l’enlèvement des jeunes femmes disparues, dont la dernière Leesey a été vue pour la dernière fois montant dans une voiture devant une boite de nuit.
« Elliott, si Mack devait un jour être traduit devant la cour, accusé d’être un tueur en série, vous imaginez bien que le tapage sera énorme. Certains de vos clients n’apprécieront peut-être pas que leur conseil financier se retrouve tous les jours cité dans les journaux à scandale. » « […] crois-moi, je préférerais envoyer balader tous mes distingués clients plutôt que de ne pas être un seul jour auprès de [ta mère]. »
Un autre oncle a enfin vendu l’immeuble croulant un très bon prix.
Fini le 21/08/2024
Une expression bien vieillotte
Dire « Manger la grenouille » date du 19e siècle pour signifier « dérober ».
Grille 7* finie le 21/08/2024
lundi 19 août 2024
Au soleil redouté de Michel Bussi
(Presses de la Cité, 2020)
L'action se passe dans l'île principale des Marquises, Hiva Oa, où un célèbre écrivain, Pierre-Yves François, surnommé « PYF », a rassemblé ses « cinq lauréates » pour un « atelier d’écriture ». Parmi plusieurs jeux, il propose en premier exercice de tout noter dans un roman baptisé « Ma bouteille à l’océan » et un « testament » « Avant de mourir je voudrais ».
Les principaux personnages sont Yann, un gendarme, époux de Farèyne, commissaire de police, auteur d’un manuscrit racontant sa poursuite d’un meurtrier qu’elle n’a pas réussi à faire condamner il y a vingt ans ; Maïma, la fille de Marie-Ambre celle-ci s’apparentant à celles qui se rêvent “écrivaine talentueuse”, Martine, Clem, Eloïse ; et Tanaé, la tenancière de la pension « Au soleil redouté ».
L’histoire inclue une présentation des différents rites, notamment les sculptures « tikis » représentant les cinq apprenties. En quelques jours, les morts s’accumulent, au fil des chapitres intitulés « Ma bouteille… », du journal de Maïma, et les atermoiements de Yann.
Le suspense est bien soutenu jusqu’au bout. Les éclaircissements à la fin du livre donnent envie de tout relire pour vérifier si l'auteur n'a vraiment pas laissé échapper des indices dans tout cet embrouillamini.
Fini le 19/08/2024
dimanche 18 août 2024
Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire de Jonas Jonasson
(2009, Hundraåringen som klev ut genom fönstret och försvann traduit du suédois par Caroline Berg, Pocket, 2012)
Le titre suédois résume mieux le livre : “le centenaire qui est sorti par la fenêtre et a disparu”. Toute l'intrigue tourne autour de la recherche de Allan Karlsson ; les chapitres intermédiaires relatent son passé mouvementé, de « 1905 » à « 1982 », ses aventures « en Espagne, en Amérique, en Chine, dans l’Himalaya et en Iran », etc. avec ses rencontres d’un peu tous les dirigeants de ces époques, de Truman à Staline en passant par « Mao Tsé-toung ».
Dans sa fuite en « 2005 », il trouve ceux qui deviennent ses amis : « l’ex-célèbre gangster désormais blanchi Julius Jonsson », « l’éternel étudiant Benny Ljungberg », « la belle Gunilla Björklund » dite « Mabelle » et ses deux animaux familiers « l’éléphant Sonja et le berger allemand Buster », le frère de Benny « Bosse, grossiste en denrées alimentaires et néoreligieux », le « jadis très solitaire inspecteur de police Aronsson », « l’ancien chef de gang Per-Gunnar Gerdin ».
Pendant ce temps, le procureur Conny Ranelid, avide de médiatisation, se débrouille pour expliquer aux journalistes qui sont les coupables des morts.
C’est vraiment amusant à lire. L’humour de l’auteur permet de passer sur sa drôle de vision de la politique.
Fini le 17/08/2024
jeudi 15 août 2024
Promesse de Jussi Adler-Olsen
(Les Enquêtes du département V, vol. 6, 2014, Den graenseløse traduit du danois par Caroline Berg, Albin Michel, 2016)
La lecture est agréable malgré toutes les absurdités du récit dans les actions et le comportement des personnages.
Pour enquêter sur un crime daté de vingt ans, les policiers — Carl, le chef, Assad et Rose, ses adjoints, et Gordon — ne voyant rien dans les indices pour retrouver celui qu’il croit le coupable, déménagent les montagnes de dossiers empilés par leur collègue suicidé, et, pour retrouver « Frank », visitent les « guérisseurs » qui se souviennent de lui.
« C’était comme s’il essayait de réunir toutes les connaissances, toutes les techniques alternatives, pour leur trouver un dénominateur commun. »
Lors de la visite chez un « hypnotiseur », ils doivent d’abord se soumettre — et les payer — à des séances, ensuite seulement il accepte de répondre aux questions de Carl. Les suites de ces expériences sont évoquées avec des effets délétères.
Dans les chapitres intermédiaires, la meurtrière, obsédée par sa jalousie possessive, raconte ses raisonnements pour se garantir la fidélité de son “gourou” incapable de rien voir, trop fiérot de lui-même.
« Ils pensaient qu’elle était folle ? Évidemment, ils ne pouvaient pas savoir ce qui était en jeu. La planète entière attendait que la bonne parole soit répandue depuis ce centre, pour qu’enfin toutes les religions s’unissent en une seule et que le monde vive en paix. »
« L’Académie de naturabsorption », « un endroit absolument idyllique qui respirait l’ordre et l’argent », est alimenté grâce à l’énergie photovoltaïque.
Tout ça pour finalement devoir revenir sur l’île !
Fini le 14/08/2024
Pour rire en fin !
La définition « Digne de Baudelaire (1 mot) mais Edgar Allan fait la grimace (2 mots). » donne « Poétique ».
Grille 7* finie le 13/08/2024
lundi 12 août 2024
Les hommes ont peur de la lumière de Douglas Kennedy
(2021, Afraid of the Light traduit de l'anglais États-Unis par Chloé Royer, Belfond, 2022)
Brendan, à Los Angeles, est devenu « chauffeur Uber » après son licenciement économique (l’auteur nous donne une bonne description du système infernal auquel sont soumis les chauffeurs). Il rencontre Elise quand il la conduit à un centre d’IVG où elle assiste les femmes.
« J’essaie juste de protéger des femmes et de les accompagner pendant un moment difficile de leur vie […]. Pourquoi faire de ce choix personnel une prise position, une frontière pour nous diviser encore davantage ? »
Agnieska, l’épouse de Brendan, a « rejoint la version chrétienne des talibans » et son entourage ne va pas tolérer qu’il serve de conducteur à une « tueuse d’enfant ». Klara, leur fille, s’est orienté vers le sauvetage des femmes battues.
Elise explique à Brendan pourquoi les paroles lénifiantes de Todor, le religieux, sont néfastes.
« Tous les hommes cherchent la lumière, n’est-ce pas ? a soupiré Elise. Comme si, une fois qu’ils l’auront trouvée, toutes les réponses allaient leur apparaître. — Je ne sais pas grand-chose. Ce dont je suis sûr, c’est qu’il n’y a pas de vraies réponses. — Pas pour vous, ni pour moi. Mais pour ceux qui pensent avoir trouvé la lumière, il y a une certaine aura de certitude. […] Si l’histoire nous a appris une chose, c’est que ceux qui croient détenir la lumière condamnent souvent les autres à l’obscurité. »
Finalement, Klara conclut : « recevoir un énorme pot-de-vin pour classer l’affaire aussi vite que possible sans inquiéter personne. » « Bienvenue dans l’Amérique moderne. Le sale type gagne toujours. »
Fini le 11/08/2024
Tant que dure ta colère de Åsa Larsson
(2008, Till dess din vrede upphör traduit du suédois par Rémi Cassaigne, Albin Michel, 2016)
Une bonne traduction change la perception d'un auteur. La façon dont l'auteur fait raconter l'histoire par Wilma, la noyée, donne un point de vue intéressant sur se(s) meurtrier(s) et les autres personnages.
Nous sommes dans la région de Kiruna, une ville en Laponie suédoise, dans le comté de Norrbotten. L’enquête tombe sur les épaules de la policière Anna-Maria, présentée comme assez écervelée. Mais avec Rebecka, la procureur, elle va faire parler les anciens qui ont vécu la présence allemande.
« Je lui ai parlé d’un avion qui a disparu en 43. Il s’est écrasé quelque part. […] J’ai dit à Wilma que je pensais qu’il avait coulé dans le [lac] Vittangijärvi, […]. Les Allemands utilisaient le port de Luleå. […] Et après il fallait bien convoyer tout ça vers les troupes. […] Isak Krekula était donc chauffeur routier. » « Personne ne veut se souvenir. […] Les filles qui allaient […] saluer les soldats allemands […], tout ceux qui faisaient la cour aux Allemands stationnés dans le Norrbotten […]. Le roi lui-même était sympathisant. »
Dans la bible, Rebecka lit : « Job […] “Oh ! si tu m’abritais dans le séjour des morts, si tu m’y cachais, tant que dure ta colère…” » « Hjalmar hoche ta tête comme un laestadien* sur un banc d’église. »
Fini le 9/08/2024
jeudi 8 août 2024
J'ai dû rêver trop fort de Michel Bussi
(Presses de la Cité, 2019)
Ce livre est une banale histoire d'adultère, genre romance, déguisée en thriller, mais le montage de « 1999 » à « 2019 », avec des coïncidences qui font remonter le temps à « Nathy », entretient bien le suspense pour savoir qui va en mourir, « Ylian » l’ex-amant, Nathalie l’épouse maintenant fidèle, son mari, ses filles… Et qui peut leur en vouloir à ce point ?
« J’ai tenté tout ce que je pouvais pour que mon esprit oublie, mais mon corps me désobéit, il se réveille, vibre, marqué à jamais par les quelques heures passées dans cette mansarde d’artiste. Dans une autre vie. Il y a une éternité. […] Dès que nous aimons, sommes-nous toutes aussi stupides ? »
« […] plutôt que de tout avouer, plutôt que de lui proposer de le rembourser […]. On ne rembourse pas un rêve brisé. Une vie gâchée. […] Mais […] Ça ne s’arrêterait donc jamais ? »
Fini le 8/08/2024
mardi 6 août 2024
L'expédition de Monica Kristensen
(Les enquêtes de Knut Fjeld tome 4, 2014, Ekspedisjonen traduit du norvégien par Loup-Maëlle Besançon, Gaïa polar, 2016)
Cette aventure passionnante, rejoindre le « pôle Nord », est racontée par Karin la « spectatrice », épouse de Karsten le « chef d’expédition », et Knut, le policier du Svalbard, pendant que Camilla, l’épouse de Mads le second de l’équipe, s’occupe des médias.
Les préparatifs sont longs et couteux, il faut des « sponsors », des soutiens. Svein se propose de participer en achetant des chiens de traineau ; Terje, « professeur de musique », amène les millions de son père pour lui montrer qu’il est digne de ses ancêtres « chasseurs de phoques ».
Et « l’ours blanc » menace en ouvrant le premier chapitre…
Une histoire remarquablement bien montée, une lecture pleine de rebondissements sur la « banquise » entre les « crêtes de compression », les « chenaux » à franchir entre les « plaques » de glace dérivantes, etc.
Knut résume ainsi : « Il ne les comprenait pas, mais vraiment pas. Cette obsession du pôle Nord. Un point fictif dans un paysage si uniforme que cela revenait presque à méditer sur le vide. Le chatoiement de la banquise et ses multiples nuances de blanc étaient, certes, fascinants, pensa-t-il, mais le pôle Nord, lui, était invisible. Il pouvait néanmoins concevoir que pour les trois autres, il n’y aurait point de victoire sans atteindre ce lieu abstrait. » Le GPS est indispensable…
La traduction utilise judicieusement des mots typiques, par exemple : « pulka » au lieu de “luge” pour désigner le traineau qui sert à transporter le barda ; « floe », pour le bloc de glace.
Fini le 6/08/2024
dimanche 4 août 2024
La Septième Lune de Piergiorgio Pulixi
(2022, La Settima Luna traduit de l'italien par Anatole Pons-Reumaux, Gallmeister, 2024)
Eva, Mara et Vito Strega sont les personnages principaux de cette série. Ils arrivent de Sardaigne à Pavie pour enquêter sur un meurtre dont la mise en scène est copiée sur une de leur précédente aventure à Cagliari qui s’inscrivait « dans une tradition sarde ».
« […] liée à des systèmes de croyances chamaniques archaïques […]. C’est ce qu’on appelle un psychopompe. Il joue un rôle de médiateur entre le monde humain et celui des esprits. » « Et c’était celui qui se chargeait concrètement de tuer les victimes, pour les sacrifier à la divinité […]. »
Mais, avec les chapitres intermédiaires, le lecteur sait que le meurtrier agit sur ordre avec dessin à l’appui. Toute la questure va se mobiliser pour élucider l’enlèvement et la mort de Teresa, en convoquant notamment le père, la mère, la sœur, le « petit ami », « l’amant », après avoir éplucher toutes les informations fournies par l’examen des téléphones, des réseaux, etc.
L’auteur met parfaitement en scène les interrogatoires, chacun dans son rôle, Bepi observant le « langage corporel ». Les sous-entendus liés aux trafics des uns et des autres font dévier les recherches jusqu’à la consultation du « calendrier lunaire » par Clara. « C’était la pleine lune […]. La dernière lune de décembre. Vous pensez qu’il y a un lien entre le meurtre et les phases de la lune ? ». Ce qui aurait inspiré le titre du « livre ». Un livre « plat et lourd », une prose « négligée, imprécise et boursouflée ».
Le traducteur laisse les expressions dialectales telles quelles dans le texte les explicitant en note, ce qui rend bien vivant chacun des personnages selon son origine, pestant en « sarde », « napolitain », « vénitien »…
Fini le 3/08/2024
vendredi 2 août 2024
En attendant la neige de Christine Desrousseaux
(Calmann-Lévy, 2019)
« Ici [au chalet], j’allais mettre en place mon propre programme de rééducation : arrêt des médocs, randonnées au grand air, nourriture riche pour me remplumer, grasses matinées. Même ma sœur n’y trouverait rien à redire. Enfin, si. Mathilde ne serait pas d’accord pour l’arrêt des médocs. Elle serait même furieuse. » « J’ai tué ma mère. […] j’étais responsable de la catastrophe […]. […] plusieurs tonneaux […]. Ma mère est morte […] la cage thoracique enfoncée. »
Son voisin dans la montagne, lui, est tourmenté par la disparition de sa sœur, Laura. La neige arrive et va tout enliser, les refroidir, ainsi que les menaces de « Geronimo ». Vera devra conduire Andreas à l’hôpital et elle décide de rentrer dans le Nord.
Fini le 1/08/2024
jeudi 1 août 2024
Un linceul n'a pas de poches de Horace McCoy
(1937, No Pockets in a Shroud traduit de l'anglais par Sabine Berritz et Marcel Duhamel, le Grand livre du mois, 1995)
Ce livre est très daté, d'avant la guerre pour l'original, de 1946 après la guerre pour la traduction française, mais c’est une lecture prenante.
La présentation de l'édition Gallimard le résume bien : « Voici l'histoire d'un homme qui a entrepris de dire, d'écrire et d'imprimer la vérité. Forcément c'est une histoire courte, et logiquement, elle devrait mal finir. Ce livre est le réquisitoire le plus violent, — le plus dépourvu d'espoir aussi — qui puisse être dressé contre ce qu'on appelle “l’ordre établi”. »
Et la page wikipédia décrit le comportement du héros : « Incapable de composer avec l'hypocrisie et l'auto-censure d'une salle de rédaction soumise aux diktats de ses annonceurs, Mike Dolan abandonne son emploi de reporter au journal où il travaille. Il veut avoir les mains libres et entend révéler toute la vérité sur les milieux corrompus où s'exerce le pouvoir. Avec l'aide de son ami Eddie Bishop, journaliste des pages judiciaires, et de la courageuse Myra Barnovsky, il fonde un hebdomadaire qui devra être un véritable organe d'informations. Mais on ne dénonce pas l'establishment sans subir sa violente contre-attaque... »
Le titre vient d’une réplique de Dolan : « — Tout ce qui m’importe pour l’instant, c’est de bousiller cette combine de Croisés […]. — Tu t’enrichiras à ce jeu, répondit Bishop avec une trace d’ironie. — Oh, je m’en fous, un linceul n’a pas de poches, répliqua Dolan. […] Un homme peut se coucher ce soir un parfait idiot et se réveiller sensé le lendemain matin. […] je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais entreprendre. Mais je sais que je le ferai. »
Fini le 31/07/2024