vendredi 28 février 2025

L'Île du Diable de Nicolas Beuglet

(Trilogie Geringën,  XO éditions, 2019)

Dans ce livre, l'auteur met en scène une histoire insensée pour illustrer « l’épigénétique ». Son personnage lie sa vengeance aux cruautés staliniennes sur une île sibérienne, qui a obligé les détenus au cannibalisme. Mais seul le père de Sarah semble concerné par cette vengeance, une vieille animosité entre petits enfants de l’époque [?] ou Adrian maintenant adulte veut uniquement illustrer sa thèse sur l’ADN dégénéré… [son comportement confirme qu’il est lui-même un peu concerné !].

Dommage que le personnage de la « gentille Baba Yaga » n’est pas eu un vrai rôle à jouer en plus de donner une adresse. Les découvertes dans le manoir sont totalement absurdes : la double personnalité, la voix truquée, etc. etc.

Ah, et oui, bien sûr, le viol… évidemment !

Fini le 27/02/2025

Le Massacre du Maine de Janwillem Van de Wetering

(Série Grijpstra et De Gier, 1979, The Maine Massacre traduit de l'anglais États-Unis par Denise May, Rivages/Noir, 1988)

Le commissaire doit se rendre dans le Maine, en plein hiver, pour aider sa sœur après le décès de son mari. L'adjudant Grijpstra trouve un moyen pour que le sergent De Gier y aille aussi. Le shérif de Jameson « entendait se servir de ses visiteurs ».

Au fil de l’histoire, le sergent et le commissaire découvre que d’autres propriétaires de maison sur la côte sont morts et rencontrent le « gang des ME » dirigé par « le Renard », avec Albert et Madelin, et « l’ermite » Jeremy entouré de ses chiens sur son île.

« Le raton laveur aussi était dans le coup. […] Un raton laveur, une espèce de petit ours. En Hollande, on appelle ça un ours laveur. » et Jeremy a dit : « Prenez garde à l’ours, prenez garde à l’ours laveur. »

Mais au final, c’est la « marmotte » qui va jouer un rôle dans l’élucidation.

Fini le 26/02/2025

lundi 24 février 2025

Les enchanteurs de James Ellroy

(série Quintette de Los Angeles n°3, 2023, The Enchanters traduit de l'anglais États-Unis par Sophie Aslanides et Séverine Weiss, Rivages/Noir, 2024)

Au début du livre, au moment de l'enterrement de Freddy Otash, l'auteur le présente ainsi : « […] rançonneur à son compte, fouille-merde pour torchons à scandale, tueur sans scrupules, maître chanteur d’époux adultères, drogueur de chevaux de course, indic du chef William H. Parker, fournisseur de femmes et de came pour le président John F. Kennedy, et agent provocateur pour le procureur général Robert F. Kennedy, au moment de l’opération combinée LAPD/Département de la Justice de l’été 1962. »

Cette “opération” est racontée par Freddy pendant plus de 600 pages et se termine par l’aveu du premier meurtrier de février 1937 : « […] le viol vidange les tuyaux d’un bonhomme et lui permet de trouver un rôle à jouer dans ce monde compétitif de merde qui est le nôtre. »

Le style d’écriture très saccadé et tous ces trafics répétitifs rendent la lecture harassante et n’a rien d’un “enchantement”.

Fini le 22/02/2025

jeudi 20 février 2025

Éclats de voix de Yves Hughes

(Les Escales, Noires, 2013)

Rosalie de nuit est une émission de France Inter très écoutée même par ceux qui ne téléphonent pas pour raconter leur vie. Mais Rosalie est retrouvée assassinée dans un débarras de la grande maison ronde, « le camembert ».

Le capitaine Yann Gray est chargée de l’enquête. Il nous raconte un peu sa vie dans son studio avec terrasse et une trappe qui donne chez Valentine et son fils Robin dans l’appartement en-dessous.

Les personnages qu’il rencontre sont intéressants, notamment Vasco, un adolescent qui étudie pour devenir acteur. En dehors de son école, il se fait un pécule en jouant dans une pièce radiophonique — l’auteur nous présente bien le travail des techniciens, notamment du bruiteur —, en doublant un dessin animé, etc. Yann résume son comportement ainsi :
« On dirait qu’il est toujours en représentation. Pour lui, l’existence est une scène de théâtre où il prend la vie comme un jeu… » « La vie n’est pas un jeu, dans mon boulot. Et surtout pas en ce moment. Elle est l’enjeu. »

Le capitaine nage dans toutes ces rencontres.
« Il y a trop de monde dans cette affaire… Des jeunes écervelés et des vieux vicieux… des fans, des amoureux, des obsédés… » « Il y a trop de voix… trop d’oreilles… trop de bavards et trop de silencieux… »

Auprès de la Maison de la radio, pendant la nuit fatale, des stationnements sont repérables, notamment grâce aux bruits et aux contraventions.

Fini le 20/02/2025

mercredi 19 février 2025

La Librairie des chats noirs de Piergiorgio Pulixi

(2023, La libreria dei gatti neri traduit de l'italien par Anatole Pons-Reumaux, Gallmeister, 2024)

À Cagliari, Marzio Montecristo, viré de son poste de professeur de mathématiques, ouvre une librairie « des Mystères » qui prendra avec l’arrivée féline son nom actuel. Consacrée aux « polars », elle réunit le mardi « des enquêteurs » disséquant l’intrigue du livre choisi.

« — Un retraité dépressif, un moine un peu trop zélé, une octogénaire obsédée par les tueurs en série, une petite gothique qui rêve de tuer quelqu’un et un libraire au bord de la faillite. Tu trouves vraiment que c’est le casting idéal pour ton enquête ? » explique Marzio à Angela, son amie policière, venue lui demander de l’aide pour résoudre une série de meurtres incompréhensibles.

Le club va remonter à la source en étudiant le passé des victimes.

Une lecture bien agréable, l’intrigue se dévoile petit à petit au milieu de l’histoire de la vie de Marzio. Et le cadre permet à l’auteur de citer plein d’auteurs de romans policiers.

Fini le 17/02/2025

dimanche 16 février 2025

Black Cocaïne de Laurent Guillaume

(Denoël, Sueurs froides, 2013)

Souleymane Camara, « Franco-Malien », est venu vivre à Bamako.
« Au Mali […], malgré ma peau café-au-lait de métis, on m’y considère comme blanc. En France, j’étais le Black de service. À croire que le sort du métis est d’être toujours de l’autre côté de la norme, une sorte de chimère raciale. »

Il est reconnu comme un détective efficace et reçoit la commande par Faten Tebessi de trouver et « tuer » le meurtrier de Bahia, sa jeune sœur, sortie de prison pour détention de drogue.
« Une banale affaire de passeuse transportant de la coke. »

D’abord, il refuse puis menacé à son tour par les trafiquants il se rue dans le n’importe-quoi. Certaines scènes sont totalement invraisemblables par exemple : en train de rouler, Solo sort son colt et tire dans sa vitre arrière pour toucher ses suiveurs ; ou il tire avec ce même colt qui vient de tremper dans l’eau boueuse, etc. Bien évidemment, il s’en sort toujours à la dernière minute.

Faten conclut : « — Je ne peux supporter l’idée qu’il soit en vie quand Bahia pourrit au fond d’un trou. — Lui aussi va pourrir au fond d’un trou, crois-moi. »

« Air Cocaïne… »

Fini le 16/02/2025

samedi 15 février 2025

L'Eau rouge de Jurica Pavičić

(2017, Crvena voda traduit du croate par Olivier Lannuzel, Agullo noir, 2021)

Cet éditeur nous présente encore un roman rare faisant découvrir la vie des Croates, leur différence avec les Dalmates, l'effondrement de la Yougoslavie et la guerre, l'ouverture progressive du pays à l'Europe (et à l'euro…).

Chaque titre de chapitre indique le narrateur et l'année. L'histoire commence en 1989 par la « disparition » de Silva Vela et le désespoir de ses parents et surtout de son frère jumeau Mate. Avec affichettes, puis site internet, Mate va continuer à chercher sa sœur persuadé qu’il va la trouver puisque « quelqu’un » l’a vue au guichet de la gare routière. Brane, le « petit ami », est désespéré. Lors de leur rencontre, Jakov, le père de Silva, lui confirme : « — On va la chercher. […] Partout. En Italie, en Allemagne, en Bosnie. […] On la cherchera le temps qu’il faudra. » « Brane sanglote […] en silence […] tout son visage est tordu de douleur. »

Et puis les années passent, la guerre avec ses victimes, le mariage de Mate, la séparation de ses parents, son divorce, ses voyages jusqu’en Suède pour chercher encore et encore. En 2012, il pense : « […] ce n’est plus Silva, c’est un fantôme sans contour ni caractère, un fantôme qu’il trimballe avec lui depuis maintenant vingt ans, et il a oublié entre-temps pourquoi. »

Le policier Gorki Šain, chargé de l’enquête à l’époque, travaille maintenant pour une société de tourisme, et doit revenir, en 2016, sur les lieux pour négocier des terrains constructibles en bord de mer.

Même la fin est bien présentée. Une lecture vraiment agréable.

Fini le 14/02/2025

mercredi 12 février 2025

Un calice de sang de Peter Tremayne

(Série Sœur Fidelma, 2010, The Chalice of Blood traduit de l'anglais par Hélène Prouteau, 10/18, 2013)

Fidelma et Eadulf (maintenant son mari) sont envoyés dans ce monastère pour élucider le meurtre du frère Donnchad. Leur enquête va les plonger dans la recherche de vieux manuscrits que le défunt a étudiés à son retour de la « Terre sainte ».

« Ce qu’il avait découvert l’ébranla au point qu’il perdit la foi. C’était un homme très logique, mais il est parfois nécessaire d’abandonner les raisonnements de l’esprit pour accepter avec le cœur ce que l’on est incapable de prouver. »

L’intendant du monastère est un « croyant fanatique ». Il affirme : « La foi est inviolable et chaque âme que nous perdons est nécessairement vouée aux flammes de l’enfer. ». Il sera « le mauvais génie ».

Fini le 12/02/2025

lundi 10 février 2025

Laidlaw de William McIlvanney

(1977, Laidlaw traduit de l'anglais par Jan Dusay, Rivages/noir, 2015)

Le titre est le nom de l'inspecteur censé enquêter sur le meurtre de la jeune fille. Mais il passe plus de temps à “expliquer” ses pensées à son adjoint Harkness avec des considérations philosophiques vaseuses. La traduction approximative n'aide pas. Les autres personnages s’expriment aussi en propos amphigouriques. Par exemple, Harry, le « petit ami » du meurtrier Tommy :

« Tommy se trouvait là où tant de monde voulait que les homosexuels fussent, dans un ghetto d’auto-répugnance. » « Aux présomptions des autres, ils opposaient leur réalité propre jusqu’à ce que la tension devienne trop forte pour eux. Ils perdaient cette tension nécessaire à leur nature pour devenir la caricature d’eux-mêmes, ne pouvant plus rien faire d’autre que présenter leur cul à la face du monde, tels des animaux dont le seul recours est la soumission. »

Au final, la vengeance du père, Bud Lawson, sera suspendue. Laidlaw commente : « Ce que je reproche à des types comme Lawson, ce n’est pas qu’ils aient tort. C’est simplement qu’ils supposent qu’ils ont raison. Le sectarisme, ça n’est jamais qu’une conviction qu’on n’a pas acquise, n’est-ce pas ? »

Fini le 10/02/2025

samedi 8 février 2025

Marseille confidential de François Thomazeau

(2018, 10/18, Grands détectives, 2019)

En 1936 au moment de l’avènement du Front populaire, les bas-fonds de la ville bruissent de coups fourrés entre les « communistes », les « socialistes », les admirateurs de Mussolini. L’inspecteur, puis commissaire, Grimal cherche qui a eu intérêt à tirer sur son flic « pourri ».

Qui médite ainsi : « Il est temps d’y aller. […] La mort m’emmènera plus vite que les bateaux de Fraissinet. Adieu, Marseille et ta fange, tes cafés et tes bordels, les demi-mesures de ton demi-monde où les hommes n’ont parfois qu’un œil mais toujours deux paroles. Adieu, Adèle que j’ai si mal aimée… Adieu, mes amis socialistes, je m’en vais retrouver les âmes que vous avez vendues. Adieu, Bory et tes manigances mal ficelées. Au diable Carbone, Guérini, Sabiani, Santucci, mes chers compatriotes… Nous nous retrouverons là-bas, dans cet enfer des Corses plus noir que le maquis. Adieu à toi, cher président [Buitton], le plus pourri d’entre tous ! […] Le vieil Octave sera là et il fera ce qu’il a à faire. »

Un article du journaliste Raoul Pichotte sur « […] rompre la loi du silence. » pourrait se titrer : « Le gardien de la paix Cardella s’est suicidé d’une balle dans le dos. »

Fini le 8/02/2025

jeudi 6 février 2025

Le Clan Snæberg de Eva Björg Ægisdóttir

(2021, Þú sérð mig ekki traduit de l'islandais par Jean-Christophe Salaün, Éditions de La Martinière, 2024)

En 2017, la famille se rassemble pour la célébration du centenaire du fondateur, né en 1917, disparu en 2008. L'histoire de leur séjour est racontée par : Irma, « employée de l’hôtel » où se déroule la fête ; Petra, fille de Haraldur, Lea, sa propre fille adolescente ; et Tryggvi, le compagnon de Oddny, sœur de Haraldur. Sævar, l’inspecteur qui est venu s’occuper du corps retrouvé dans le précipice, intervient le dimanche suivant pour donner le suivi de son enquête.

L’intrigue est très bien montée, le suspense tient à savoir de qui est le corps. Les personnages sont bien construits sans stéréotype, cette riche famille étant semblable à beaucoup.

« Cette famille possède son lot de sales caractères qui s’emportent pour un oui pour un non. […] déjà vu un petit commentaire de rien du tout se transformer en violente dispute, où l’un dit des choses qui auraient mieux fait d’être tues et l’autre s’en va en claquant la porte. Pour bien les comprendre, il faut s’imaginer un troupeau d’hippopotames se baignant dans une mare trop étroite ; ils ne cessent de se rentrer dedans. Lorsque de telles personnalités se rassemblent, on ne sait jamais comment ça va se passer, mais on peut être à peu près sûr qu’on assistera à une épreuve de force à un moment ou un autre. »

« Et ils sont tous tellement égocentriques » et cela ne s’arrange pas avec leurs abus d’alcool, poussant Viktor, le fils adoptif de Ingvar l’ainé de la troisième génération, à des actes excessifs révélant sa vraie personnalité.

Fini le 3/02/2025

lundi 3 février 2025

Les chiens du désert de T. Jefferson Parker

(2009, The renegades traduit de l'anglais par Philippe Loubat-Delranc, Calmann-Lévy, Robert Pépin présente, 2012)

La lecture de cette histoire de narcotrafiquants à la frontière mexicaine dans le désert de « L. A. » est un peu poussive. Il n’y a aucun suspense, tout est prévisible, notamment l’implication des shérifs adjoints dans le trafic et les meurtres.

En résumé par Hood, le shérif nommé au « Affaires internes » : « […] Vasquez et Lopes s’étaient arrêtés cette nuit-là, mais n’étaient plus là pour le raconter ; que Laws, et sans doute Draper, avaient commencé de toucher de grosses sommes d’argent peu après que Vasquez et Lopes avaient perdu la vie ; que depuis lors, tous les vendredis soir, Laws et Draper avaient fait un boulot qui leur rapportait chaque fois grosso modo sept mille dollars. »

Fini le 3/02/2025

dimanche 2 février 2025

Rien ne se perd de Cloé Mehdi

(J'ai lu, 2017)

Cette lecture est rendue désagréable par les simplifications de l'auteur. Ainsi, que l'écrit très bien ce Babelieur.
« […] sous le couvert d'un personnage central rendu sympathique [un enfant de onze ans], l'auteur matraque son point de vue simpliste à plusieurs reprises : les “flics” sont tous des assassins, ils passent leur temps à massacrer des jeunes de banlieue, et se voient ensuite innocentés par les juges. »

La solution finale est évidemment le meurtre du meurtrier, après l’explication du harcèlement policier qui serait dû à la recherche d’une vidéo du tabassage, treize ans plus tard (elle n’aurait jamais été publiée car “perdue” !)…

Tout est vraiment trop incohérent.

Fini le 31/01/2025